L'ABÉCÉDAIRE

Cette idée est issue de ma rencontre avec la langue des signes, et de l’observation de mon fils dans son rapport au langage.

 

Dans la culture sourde, l’écrit a moins d’importance que ‘l’oralité’, c’est à dire que le langage signé. La communication passe par des signes codés (des gestes), le corps, l’expression du visage et un placement spécifique dans l’espace. C’est une langue qui implique de se voir, qui demande de la place, et qui évolue sans cesse.

 

Les enfants abordent le langage par l’oralité, mais aussi par une reproduction des expressions faciales qu’ils voient. Puis l’écrit apparaît par le dessin des lettres et l’apprentissage de l’alphabet.

 

J’ai appris l’alphabet signé en même temps que mon fils abordait la découverte des lettres. Je lui ai appris spontanément les signes de l’alphabet, et je me suis rendu compte de l’intérêt de lui proposer d’aborder « l’écrit » par les signes dans l’espace. Il pouvait jouer avec les lettres en utilisant son corps. Il pouvait « signifier » autrement.

 

Le lien entre le langage corporel de la danse, la LSF (Langue des Signes Française) et l’apprentissage de l’écrit m’a donné l’envie de proposer une pièce qui confronterait toutes ces notions avec la présence de 2 interprètes, une sourde et l’autre entendante. Et dans une période où les enfants commencent tout juste à se confronter aux notions abstraites d’espace et de temps, l’abstraction en LSF peut passer par du « concret », c’est à dire du geste. L’espace et le temps prennent une existence physique, très ludique.

 

L’Intérêt de travailler avec une danseuse sourde réside dans son approche singulière du langage. J’ai appris en côtoyant des comédien.nes sourd.es sur notre précédente création, qu’il y a une différence sensible entre un.e entendant.e qui traduit et un.e sourd.e qui traduit. Notamment parce qu’il-elles ont une culture à nous transmettre en plus de leur langue. L'alliance entre une sourde et une entendante fera le pont pour le public.

 

Nous jouerons entre le signifiant et le signifié, le mot et la chose, les équivoques créées par l’ambiguïté de langue, qu’elle soit parlée ou signée.

Héloïse Desfarges, hiver 202o

Spectacle jeune public / création 2021

Tout public, à partir de 3 ans

 

Durée : autour de 35 minutes

Espace de jeu : école, cour d’école, intérieur et extérieur

Scolaires pour les maternelles, CP, CE1, CE2.

Jauge : environ 80 personnes ; dispositif frontal

Chorégraphie : Héloïse Desfarges

Avec :

Thumette Léon, danseuse de signes

Thumette Léon, sourde de naissance, commence à douze ans la danse africaine. Elle achève en 2012 son cycle de formation au Conservatoire de Rennes en contemporain. Depuis 2011, elle a travaillé avec la compagnie Argiolas Doun Doun Ba, avec Boukson Sere au Burkina Faso, avec Jérôme Bel pour le projet The show must go on présenté à l’Opéra de Rennes, avec la compagnie Dounia pour le spectacle AfroBreizh. Elle intègre la compagnie bilingue Les 10 doigts à Rennes (où elle crée Les Histoires en doigts et voix et Peau de bête(s)) et anime des stages de Chorésigne (exploration chorégraphique autour de la langue des signes), inventant un langage corporel original. Elle rejoint la Cie Joli rêve en octobre 2013  et la Cie Lagrimas en juillet 2014.

Perrine Gontié, danseuse entendante

Durant tout sa scolarité, Perrine découvre la scène par la danse contemporaine et le théâtre. Après s’être formée deux ans à Montpellier, elle intègre un jeune ballet international basé au Royaume uni ou elle collabora avec de nombreux artistes notamment Akram Khan. Elle deviendra par la suite stagiaire au sein de la compagnie Jasmin Vardimon basée à Londres mêlant théâtre physique et danse.

En 2013, elle rencontre Héloïse Desfarges et commence à travailler en rue avec La débordante pour les spectacles Dispersion, Rassemblement et Loin. En parallèle, Perrine se forme et enseigne le yoga, tout en continuant de collaborer entre autre sur différentes créations de Sylvain Groud, Nans Martin, Christophe Garçia, Catherine Dreyfus.

© Productions Bis 2018